M. David McGuinty (Ottawa-Sud, Lib.):
Monsieur le Président, je suis plus que ravi de prendre la parole ce soir au sujet du projet de loi S-210. Il s’agit d’une copie conforme du projet de loi S-216, qui avait été présenté par un collègue libéral à l’autre endroit et dont les deux Chambres auraient dû terminer l’étude il y a déjà un certain temps.
Si nous devons étudier une nouvelle version du même projet de loi, c’est que le premier ministre, dans sa grande sagesse, a décidé de proroger le Parlement pendant un mois et demi, sinon deux, afin de se soustraire à un examen démocratique. Le fait que l’étude de cette importante mesure législative ait été retardée de plusieurs mois est certes l’une des conséquences malheureuses de cette décision, et maintenant, à la veille de l’ajournement de la Chambre pour le congé estival, le gouvernement remet à l’étude un projet de loi libéral visant à modifier une loi libérale.
Comme le député de Kitchener—Warterloo vient de le mentionner, ce projet de loi améliore la Loi fédérale sur le développement durable. Cette loi est le fruit des efforts d’un ancien député libéral qui n’est plus ici, mais qui a travaillé longtemps avec acharnement avant son départ afin de veiller à ce que le Canada ait une stratégie globale pour garantir la croissance économique et créer des emplois et de la richesse, tout en mettant un terme à une croyance qui tient de la fiction selon laquelle l’environnement n’a rien à voir avec notre façon de gérer l’économie. Le point de vue selon lequel l’environnement et l’économie sont maintenant complètement et inextricablement liés en est un qui devrait être préconisé davantage au sein du gouvernement du député, ce que ce dernier comprend certainement, mais je ne pense pas que c’est un point de vue que le premier ministre accepte vraiment.
Examinons, par exemple, les sommets du G8 et du G20 organisés au Canada cette année, comme l’a demandé notre collègue il y a quelques instants. Le premier ministre a refusé, à maintes reprises, de s’attaquer au problème des changements climatiques, tout comme il a refusé de participer à la conférence de Copenhague en décembre dernier, jusqu’à ce qu’il devienne la risée du monde entier, puisqu’il était le seul dirigeant des 80 ou 90 pays développés qui n’avait pas l’intention d’y participer. Il est donc allé à Copenhague. J’ai eu le privilège de m’y rendre pour suivre les négociations de près et c’était tout un spectacle de voir le premier ministre du Canada, complètement désoeuvré, qui déambulait dans les couloirs. En fait, lorsque le temps est venu de s’adresser aux milliers de délégués présents, c’est le ministre de l’Environnement qui a prononcé le discours, pas le chef de notre gouvernement, alors que le président Obama et d’autres présidents ou premiers ministres ont prononcé des discours passionnés sur les mesures qu’ils prennent pour doter leur économie et leur pays des outils nécessaires pour relever le défi d’intégrer concrètement l’environnement à l’économie.
Même si le gouvernement respecte son engagement de s’attaquer aux problèmes de santé maternelle et infantile, bien que les mesures qu’il propose ne panseront pas toutes les plaies, je me demande s’il est vraiment possible de régler les problèmes de santé maternelle et infantile de la planète sans faire face à la crise des changements climatiques? Durant les années que j’ai passées en Afrique, à travailler sur le terrain dans le cadre d’un projet de développement pour l’UNICEF, j’ai vite appris que la désertification en Afrique subsaharienne, le manque d’eau potable, l’interruption des cycles de croissance, la migration environnementale et ce qu’on appelle aujourd’hui les réfugiés de l’environnement, jouent tous un rôle dans la santé des femmes et des enfants et qu’il faut trouver une solution à ces problèmes dans le cadre d’une réunion sérieuse du G20 qui porterait sur cet enjeu.
Or, pour le premier ministre, le développement durable ou la nécessité de faire preuve de leadership dans l’intégration de l’environnement à l’économie, ne sont pas des dossiers gagnants. Je crois que son chef de cabinet, ses spécialistes des sondages et ses groupes de consultation le lui disent, parce que c’est un homme qui croit aux tactiques, mais je crois que le premier ministre a décidé que c’est un dossier qui lui échappe tout simplement.
Plutôt que de faire preuve du leadership dont les Canadiens ont besoin, qu’ils réclament et qu’ils méritent, le premier ministre a écarté la question. Il veut qu’elle soit gérée et contrôlée pour être certain qu’elle ne fera pas boule de neige.
Voilà exactement ce qui se passe. Le projet de loi aurait dû être examiné il y a trois ou quatre mois. L’opposition officielle estime que la loi aurait dû être adoptée et que nous devrions maintenant nous employer à peaufiner une approche nationale pour intégrer l’environnement et l’économie.
Après tout, le problème qui se pose à la génération actuelle et qui se posera à celles qui la suivront est simple, mais important. Allons-nous oui ou non apprendre à vivre en respectant la capacité de charge de la planète? On ne peut plus se bercer d’illusions et prétendre que cette capacité est illimitée, et continuer à exploiter les ressources et à émettre des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Les recherches scientifiques révèlent que nous disposons d’un temps limité pour relever le défi de la capacité de charge de la planète. On exprime cette réalité en termes de changements climatiques, par exemple, pour faire en sorte que la température de la planète n’augmente pas de plus de 2 °C au cours des 50 à 100 prochaines années.
Le député qui est intervenu au nom du gouvernement a parlé de l’objectif de celui-ci en matière de lutte contre les changements climatiques. Nous prenons cette cible à la lettre. Le gouvernement dit qu’il s’agit d’une réduction de 17 p. 100 des émissions de gaz à effet de serre au niveau de 2005 au cours de dix prochaines années.
S’il faut réduire les émissions de 17 p. 100 pendant les dix prochaines années ou moins, où donc est le plan? Où est la feuille de route? Où est donc la voie qui nous permettra de réoutiller notre économie pour faire en sorte que nous puissions atteindre cette cible? Il n’y a rien.
Le gouvernement conservateur est au pouvoir depuis presque 55 mois. Pendant ce temps, nous avons eu trois ministres de l’Environnement successifs. Nous avons eu droit à plus de dix promesses publiques relatives à la réglementation des gaz à effet de serre. Nous n’avons encore aucune réglementation sur les gaz à effet de serre. Nous n’avons fixé aucun prix sur le droit d’émettre du carbone et des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Par conséquent, les particuliers et les industries vont continuer de prétendre que l’atmosphère peut continuer d’assimiler tous les gaz à effet de serre dont nous voudrons bien la charger.
Nous savons pourtant que cela est impossible et que nous prenons du retard. Nous sommes en retard par rapport aux 27 pays de l’Union européenne qui ont déjà fixé un prix pour les émissions de carbone. Nous prenons du retard par rapport aux États-Unis. En effet, le président Obama s’est adressé à la nation hier soir en insistant sur la nécessité de modifier la stratégie énergétique et les fondements énergétiques des États-Unis.
Comme nous n’avons aucun plan, il est difficile de prendre au sérieux ce gouvernement qui est au pouvoir depuis 54 mois lorsqu’il parle d’une stratégie de développement durable qui s’intègre significativement, comme je l’ai dit, à l’économie, aux considérations environnementales et à notre bien-être.
La plus grande erreur de ce régime, c’est qu’il est en train de laisser passer de bonnes occasions comme jamais auparavant. Le monde est pressé de se transformer, pays par pays, ville par ville, province par province, pour adopter des technologies vertes.
Par exemple, l’Ontario a récemment annoncé qu’elle allait devenir une source de solutions pour la planète entière dans le domaine des technologies d’approvisionnement en eau propre et de traitement des eaux usées. Voilà ce que l’Ontario a décidé de faire. C’est ce qu’il faudrait faire dans l’ensemble du pays. Grâce au leadership fédéral et national, le Canada serait l’endroit parfait pour générer de nouvelles solutions, de nouvelles occasions, de nouveaux emplois, de nouvelles richesses tout en améliorant l’état de notre environnement naturel. Ce sera de plus en plus nécessaire.
Je suis heureux de prendre la parole au nom de l’opposition officielle. Nous allons appuyer ce projet de loi. C’est un projet de loi important qui s’inspire de l’héritage laissé par les députés et les sénateurs libéraux. C’est une idée qu’il est temps de mettre en oeuvre. Malheureusement, il aurait fallu le faire il y a des mois.


